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3 questions à ... Philippe Bréson

3 questions à ... Philippe Bréson

Philippe, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

J’avais 10 ans quand je me suis intéressé à la photographie. La vraie raison m’échappe, mais ce qui est sûr c’est que je préférais voir les images plutôt que la réalité. Ce qui m’intéressait, et m’intéresse toujours, c’est que le fait d’arrêter un moment lui donne une immortalité absolue. Une image tue tout ce qu’elle capte, mais en même temps le rend immortel, on peut rester longtemps dessus, et pour moi c’est toujours un aspect fondamental de la photo. Et puis il y a un mystère dans la photo. On peut photographier la chose la plus anodine, et quand on récupère l’épreuve, il y a un mystère à l’intérieur, qu’on ne voit pas dans la vraie vie.

Quels sont les thèmes qui vous inspirent ?

C’est toujours la rencontre d’une histoire ou d’une anecdote personnelles et d’une problématique. C’est la tentative de résolution qui fait que la démarche se met en place.

Par exemple, les musées m’ont toujours fasciné. Quand j’avais douze ans j’habitais à Nîmes, j’allais une fois par semaine au Musée d’Histoire naturelle. C’était pour moi un lieu à la fois fascinant et effrayant, désert, assez peu éclairé. A chaque fois je voyais des choses différentes, c’était extrêmement morbide mais éternel.

Dès que j’ai pu commencer à photographier des musées je l’ai fait. En France c’est très difficile, mais j’ai fait une résidence en Autriche pendant plus d’un mois, au Naturhistorische Museum. Il y a là-bas une mise en scène de la nature qui fait que j’ai photographié le musée comme un théâtre.

Pouvez-vous nous parler de la série « Stigmata » ?

Pour Stigmata, j’ai voulu travailler sur ce que pouvait être la fétichisation des choses.

L’histoire de cette série remonte à ma petite enfance. J’allais à la bibliothèque municipale pour voir des livres et des revues photos.  La bibliothécaire raturait systématiquement toutes les photos de nus qu’on pouvait voir dans les livres et les magazines avec le tampon de la bibliothèque,  et c’était magnifique de voir l’énergie, la hargne qu’elle y mettait. Cela transformait les images en quelque chose de supérieur. Je trouvais les images encore plus intéressantes. Que quelqu’un puisse imprimer son sentiment personnel sur une image lui donnait une ampleur que je ne soupçonnais pas encore.

Le stigmate c’est ce qui va fabriquer le divin, autrement c’est une cicatrice. Cette fétichisation de l’objet fait qu’il va devenir un intercesseur entre quelque chose de supérieur et notre propre personne. C’est un support sur lequel on va s’appuyer et qui va nous entraîner un peu plus loin.

Ces femmes sont des fétiches. Ça passe par la scarification, le découpage, que l’on retrouve dans une grande partie des images. La peau est la partie la plus sensible que l’on puisse avoir, j’ai travaillé sur la surface sensible du négatif qui représente la peau, et la violence vient de là.

Il y a une influence très importante de Bataille. Certaines images sont directement inspirées de ses visions.

Quant aux yeux barrés, c'est une référence à la médecine légale où on barrait les yeux des gens pour leur enlever leur identité.

Sur certaines images les femmes semblent avoir perdu leur humanité, alors que d’autres ressemblent à des madones ?

Oui j’ai l’impression quelquefois que je transforme le corps en quelque chose d’anthropomorphe. C’est la démarche inverse du sculpteur qui transforme un bout de bois en corps humain. Moi je transforme un corps humain en bout de bois, et on arrive au totem plus qu’à une représentation du corps.

Il n’y a pas d’idée préconçue, je fais une prise de vue très pressante, peu travaillée. J’ai besoin d’une forme et après c’est la forme qui va me guider. On est dans l’interprétation, le corps va correspondre à ce que j’ai envie de lui faire dire. Pour montrer qu’il y a une mystique dans le corps, une possibilité d’expression qui dépasse largement le fait d’enregistrer une belle personne.

On est très loin d’un travail sur le corps.

Posted on 28/10/2016 by Valérie P. Artistes 0 614

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